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mercredi 27 février 2013

15 hymnes "slacker" des années 90







Comme le titre de ce post l'indique voici une petite liste destinée à faire l'éloge de la paresse, du je-m'en-foutisme et des branleurs de tout poil qui dans le cadre de la culture pop et rock ont connu un essor sans précédent dans les années 90, plus précisément en marge du mouvement grunge. Je répète souvent le mot "slacker" ici donc pourquoi pas définir le terme au travers de quelques titres?








15. STOVE (The Lemonheads, 1990)
"I know I shouldn't think about it anymore/what's the point you say". "Stove" n'atteint pas des sommets de paresse dans l'absolu, mais Evan Dando reste l'un des plus adorables slackers des années 90 comme le prouve cette chanson sentimentale dédiée à son four. Oui, à son four.







14. GIMME INDIE ROCK (Sebadoh, 1992)
Là encore, on ne peut pas parler de je-m'en-foutisme extrême mais musicalement "Gimme Indie Rock" est à 100% dans l'esprit slacker. Lou Barlow est un slacker vindicatif qui exprime son mépris pour les poseurs du show-business, fait l'apologie de la fumette et s'en prend à son ex-collègue J Mascis. Comme quoi tout n'est pas toujours rose entre glandeurs.







13. I WILL SURVIVE (Cake, 1996)
Cake n'est pas un groupe slacker à proprement parler et de surcroît la discographie des américains est plus que passable. Néanmoins, cette reprise pouilleuse du grand classique disco "I Will Survive" est remarquable en tout point et donne une belle perspective sur l'évolution post-slacker du rock indé des 90's.







12. KINDA STONED (Swell, 1993)
"Time and pills, let's waste a year..." Difficile de penser à un groupe plus fondamentalement slacker que Swell. Mis à part la conclusion de ce titre sur les mots "everybody's kinda stoned" répétés de façon léthargique par David Freel on apprécie particulièrement les blancs inattendus au milieu de la chanson, comme si le groupe oubliait sa partition... "what?"








11. LIE DOWN FOREVER (Godstar, 1993)
Le titre de cette chanson laisse déjà entendre que les australiens de Godstar ne sont pas des foudres de guerre, mais une simple écoute suffit à donner une flemme monumentale. Un morceau qui passe mieux à proximité d'un sofa ou d'une surface plane, moelleuse si possible.







10. TRAINS ACROSS THE SEA (Silver Jews, 1994)
"Half-hours on Earth, what are they worth? I don't know". David Berman rêvasse à voix haute. On apprend qu'il a bu 50 000 bières en 27 ans, juste comme ça. On ne va pas le déranger, il a l'air peinard dans sa piaule.







9. AM 180 (Grandaddy, 1998)
Le détachement dans la voix de Jason Lytle et la lourdeur cradingue de la guitare contribuent à donner à ce titre une esthétique slacker-pop du meilleur effet. Le mot "whatever" est utilisé comme une sorte de vague promesse ("whatever together"), l'idéal étant de ne "rien faire" et Lytle nous informe même au passage qu'il n'a pas mis les pieds en ville depuis "des années".







8. GOOD ENOUGH (Mudhoney, 1991)
Au début des années 90 si l'on donnait 10 000 dollars à Mudhoney pour enregistrer une chanson le groupe se débrouillait pour n'en dépenser que 500 et gardait le reste comme argent de poche. C'était sans doute "good enough" pour eux.







7. THE CONCEPT (Teenage Fanclub, 1991)
À leurs débuts les écossais de Teenage Fanclub étaient d'authentiques slackers, plus sensibles et romantiques que certains de leurs confrères américains mais tout aussi nonchalants et oisifs. "The Concept" illustre très bien le "slacker lifestyle".







6. NOT YOU AGAIN (Dinosaur Jr, 1991)
"I've got no advice 'bout anything, just fuck it up yourself". J Mascis est un slacker en puissance et l'auteur de nombreux morceaux qui pourraient être inclus dans cette liste. Puisqu'il fallait choisir, les paroles de cette chanson m'ont semblé particulièrement représentatives de la torpeur du bonhomme.







5. BACKWATER (Meat Puppets, 1994)
"Just stand there looking backwards half-unconscious from the pain". Les Meat Puppets ont énormément contribué à définir l'attitude slacker dans les années 80. Le tube "Backwater" n'est peut-être pas leur titre le plus branleur mais il reste quand même de très haut niveau en terme d'indifférence désabusée.







4. RANGE LIFE (Pavement, 1994)
"Dreamin' dream dream dream..." Laisser Pavement en-dehors des débats aurait été un affront tant le groupe symbolise la philosophie slacker sur ses premiers albums. Non pas à cause d'un  manque d'ambition mais plutôt par l'attitude désinvolte et parfois désordonnée qui se dégage de leur musique. "Range Life" est un magnifique plaidoyer en faveur d'une existence plus décontractée.







03. LITHIUM (Nirvana, 1991)
Kurt Cobain était un slacker névrosé mais un véritable emblème pour toute une génération de lève-tards débraillés. "Lithium" mérite cette troisième place rien que pour l'immortelle ligne "sunday morning is everyday for all I care", le slogan slacker par excellence.







2. SLACK MOTHERFUCKER (Superchunk, 1991)
Hymne anti-slacker ou ironie? Difficile de le dire à la lecture des paroles de "Slack Motherfucker". D'une façon ou d'une autre, ce titre est un grand moment de consécration pour tout glandeur qui se respecte.

"You haven't moved from that spot all night since you asked for a light
You little smoke stack
You've wasted my time
I'd like to see you try and give it back
I'm working
But I'm not working for you!
Slack Motherfucker!
Relax, sit down
I'll kick that stool right out from under you
Well, then, I see you sitting outside
Well, I can do the same thing too
I'm working
But I'm not working for you!
No!
Slack Motherfucker!
I'm working
But I'm not working for you!
Slack Motherfucker
You Motherfucker!!"







1. LOSER (Beck, 1994)
L'hymne slacker définitif des années 90 est paradoxalement l'oeuvre d'un carriériste calculateur affamé de succès et de reconnaissance artistique. En tout cas c'est l'artiste le moins slacker du lot. On ne l'aurait jamais deviné en 1994, et c'est tout ce qui compte.




lundi 28 janvier 2013

Reprise #3: "Severed Lips"








En attendant la sortie de l'album solo de Tom Morgan, le 4 février, et un éventuel retour discographique d'Evan Dando (restons patients), c'est une petite joie de constater que les deux musiciens se sont retrouvés en Australie comme au bon vieux temps de la genèse des albums "It's a Shame About Ray" (1991) et "Come On Feel" (1993). De façon tout à fait hasardeuse je m'avancerais même à dire que ce retour aux sources du leader des Lemonheads s'inscrit dans la continuité des récentes tournées avec Juliana Hatfield et de ses retrouvailles sporadiques avec d'anciens membres du groupe tels que Ben Deily et Johm Strohm... N'y aurait-il pas derrière tout cela une volonté de sa part de puiser de l'inspiration dans sa propre histoire musicale en vue d'un nouveau disque des Lemonheads? L'hypothèse me semble crédible, même en tenant compte de la personnalité imprévisible de l'artiste.

C'est d'ailleurs un autre ex-Lemonheads, Bill Gibson, qui nous propose cette reprise de "Severed Lips" filmée un peu à l'arrache le 18 janvier dernier. Tom Morgan, assis dans l'ombre avec sa guitare, accompagne discrètement cette version dépouillée et semi-improvisée d'une des toutes premières chansons de Dinosaur Jr, très populaire parmi les fans du groupe. Il s'agit d'une ode romantique timide et désespérée, une remarquable "break-up song" qui reste sans doute l'une des compositions les plus délicates et sensibles dans le répertoire de JMascis. Dando est un interprète idéal pour mettre en valeur ce petit classique, comme toujours très à l'aise et particulièrement captivant dans l'intimité, rendant ainsi un hommage de plus à l'un des groupes les plus marquants de sa génération en compagnie d'un vieil ami.

Pour rester dans la grande famille des groupes et artistes intimement liés au parcours des Lemonheads, n'hésitez pas à écouter la fabuleuse reprise de "Severed Lips" des Blake Babies, une superbe version studio où la sensibilité de Juliana Hatfield fait des merveilles.


La version originale de Dinosaur Jr:






Severed Lips (J. Mascis) 


I wanna help you. 
I sense you're riding pretty low 
I got the feeling 
When your hair hits the ceiling 
And there's something babe 
You oughta know 
I won't cry if you won't buy 
But if were both kinda stumbling 
Maybe I'll say "Hi" 
That's my best 
I never try that much 
'Cos I'm scared of feeling that healing touch 
You gotta get through my maze, and passively test 
'Cos I'm choosing one love to 
Tattoo across my chest 

You know, the time has come 
I ain't gonna fester no more 
Let the world be free of my disease 
I never knew a rubber doll 
Would be so hard to please 
Now I'm reachin out 
One last burst before I retract 
No one will know until I finally let go 
Of the one thing I ain't gonna never get back 

I wanna help you 
Baby, can't you see? 
You're better than my pillow 
'Cos you don't stain so easily, oh no 
You know it's hard just to finally let go 
And leave all the pictures behind 
Hope I brought you some happiness 
I believe I just had to get on 
It just wasn't the world I was hoping to find... 


dimanche 30 décembre 2012

Best of 2012







Ladies and gentlemen, 2012 touche à sa fin et il est temps de vous proposer le top Maelstrom de l'année tout en vous souhaitant un agréable réveillon et une excellente nouvelle année. J'aurais bien voulu épiloguer sur le bel apport musical de ces douze derniers mois mais une deuxième bouteille de Veuve Clicquot ouverte prématurément en aura décidé autrement (pas de souci, il nous reste du Vranken et du Cava catalan à foison). Voici donc mes albums préférés du cru 2012, une quinzaine de disques voués à la postérité et donc chaudement recommandés.





15. THE LIMIÑANAS - CRYSTAL ANIS




"Crystal Anis" consolide l'identité des Limiñanas après des débuts remarqués, et le charme fou de titres en technicolor tels que "Salvation" ou "Belmondo" justifie tout l'intérêt que l'on peut porter à ce groupe perpignanais déjà culte outre-Atlantique. Un étonnant brassage d'influences éclectiques exécuté avec une certaine dose d'humour et de personnalité, entre garage rock et second degré pop évoquant le Gainsbourg de la fin des années 60. De l'alternatif frenchy excentrique et cultivé comme on aimerait en entendre plus souvent.





14. TY SEGALL - TWINS



Voilà un p'tit gars qui rocke comme on aime, tout débraillé et avec un sens de la mélodie facile, apparemment ravi que ses disques soient tous sous-produits et bordéliques. Le prochain sonnera sans doute pareil et rien que cette année il y en a eu trois, ce "Twins" angélique et son jumeau diabolique, "Slaughterhouse", ainsi que "Hair" sorti sur Drag City. L'influence de Jay Reatard peut paraître évidente mais il serait plus judicieux de parler d'influences communes. On trouve aussi des parallèles avec les premiers disques des White Stripes ou des Vines et un côté Beatle de poche qui serait presque irritant si le morveux n'était pas aussi fichtrement doué. Le genre de petite tuerie à écouter à plein volume.      





13. THE SOFT PACK - STRAPPED




En 2010 les Muslims avaient troqué leur nom controversé mais plutôt cool pour The Soft Pack, et leur premier/deuxième album (un vrai bordel du coup) illustrait bien ce changement vers une apparence plus polie: le garage rock vicelard et plein d'attitude des débuts est devenu sympathique et bien produit, plus proche de la gentillesse des Modern Lovers que du cynisme des Stooges. Un disque suffisamment bon pour ne pas trop décevoir mais qui nous présentait un groupe en-dessous de son potentiel. "Strapped" confirme que l'on ne retrouvera probablement jamais ces adorables petites teignes de Muslims mais cette fois on ne s'en plaindra pas puisqu'ils réussissent à altérer leur son et varier leurs influences de façon très convaincante. Les californiens ont de toute évidence bossé d'arrache-pied pour intégrer des éléments plus 70's, voire post-punk à leur musique, et si Matt Lamkin n'est pas la petite frappe subversive qu'on pensait tenir il y a quelques années (une espèce décidément en voie de disparition dans le rock), la coolitude de son style vocal et sa capacité à pondre de bons petits tubes demeurent intactes.





12. BOB DYLAN - TEMPEST



Placer Dylan dans ce genre de classement est une manoeuvre toujours délicate. Le simple fait de juxtaposer son nom à ceux de petits jeunots en début de carrière, aussi talentueux soient-ils, paraît à la fois dénué de sens et un peu cruel pour lui. Ça fait bien vingt ans que le mec n'arrive plus vraiment à chanter, qu'il persiste comme une vieille mule à nous resservir un rhythm and blues dérivatif pas toujours très inspiré, et "Tempest" ne fait rien pour changer la donne. Pourtant il y a bel et bien un charme particulier qui se dégage de la période "troisième âge" de Dylan, [insérez ici une belle métaphore sur la vieillesse et l'expérience]. Pas le temps de disserter sur la richesse des textes et les qualités de son groupe mais on retrouve un Bob en très grande forme ("it's soon after midnight/and the day has just begun") et aucune panne d'essence musicale n'est à signaler jusque vers la fin de l'album, un enchainement un peu balourd de titres fleuves de 8,10 et 14 minutes (ça marchait il y a 45 ans avec "Sad Eyed Lady Of The Lowlands" ou même en 1998 avec "Highlands" mais là...). Pour le reste rien à redire, Dylan tient son rang de songwriter de haut vol avec un charisme et une profondeur qui n'appartiennent qu'à lui, même déconfit. S'il avait su conserver l'intensité des premiers titres au lieu de se retrancher dans des rêveries littéraires pas désagréables mais peu captivantes, "Tempest" serait aux premières places de ce top. Le moins qu'on puisse dire, c'est que le bonhomme est coriace.            





11. TIM ROGERS - ROGERS SINGS ROGERSTEIN



Cet album solo du leader de l'excellentissime groupe de rock You Am I n'a rien d'inaccessible mais il est évident que sa nature introvertie et mélancolique, plus roots musicalement parlant (on oscille entre folk et blues) prend une saveur particulière si l'on sait apprécier la versatilité de l'auteur. Inspiré par des beuveries nocturnes avec son pote Rogerstein, Tim Rogers nous offre une tournée supplémentaire pour nous parler de tout ça à sa manière sur un disque remarquable qui n'est pas sans rappeler la période où les Stones fricotaient avec la country sensible de Gram Parsons. Un type qui gagne à être connu.





10. FIELD MUSIC - PLUMB



La musique des frères Brewis ne sera peut-être pas du goût de tout le monde mais "Plumb" représente une certaine idée de l'avant-gardisme pop dans toute sa splendeur. La preuve irréfutable que l'on peut intellectualiser sans emmerder et émouvoir avec retenue, sans nécessairement utiliser des harmonies vocales en permanence (l'influence Beach Boys a bon dos mais elle nous a quand même valu une génération entière de chanteurs abominablement chiants). Les anglais de Field Music ont mûri et savent enfin recycler de vieux schémas pop de façon brillante en évitant de se complaire dans le bizarre ou la démonstration technique - cet album est presque un exercice de style en la matière - et si "Plumb" prend du galon avec les écoutes il n'en demeure pas moins immédiat, presque trop concis même (plusieurs titres mélodiquement imparables sont avortés au bout d'une ou deux minutes), avec en prime une très belle narrative qui relie le tout sans tomber dans un concept encombrant. Je n'ai pas entendu de plus beaux arrangements en 2012.





9. GAZ COOMBES - HERE COME THE BOMBS



L'absence de Supergrass dans le panorama musical actuel fait partie de ces petites disgrâces que tout amateur de bonne pop indé made in England se doit de surmonter avec dignité. C'est dire si les "bombs" de Mr. Coombes auront eu un effet revigorant sur les fans du groupe cette année, d'autant plus que le disque évite l'auto-parodie et propose beaucoup plus qu'une simple tentative de resservir du Supergrass en mode solo. Un album passé un peu inaperçu mais plein de caractère, à la fois familier de par l'identité de son auteur et rafraichissant si l'on considère les différentes directions prises, pop, rock ou electro, avec toujours la même vitalité et un imperturbable savoir-faire.





8. TINDERSTICKS - THE SOMETHING RAIN



Les Tindersticks, c'est la classe. Classe dans le sens "raffiné", mais aussi dans le sens "pudique". Les illustres vétérans anglais vivent et enregistrent pépères au fin fond de la pampa en Creuse (dans mon Limousin natal) et balancent de superbes disques en toute discrétion. "The Something Rain" séduit au détour d'influences jazz, de narratives complexes et de développements mélodiques subtils, avec comme toujours la voix élégante de Stuart Staples en point d'orgue (sauf sur le premier titre marathon, excellent au demeurant). De la musique adulte, même si l'expression est un peu moche, ou si vous préférez un disque de pop ambiante qui n'insulte pas l'intelligence.      





7. BEST COAST - THE ONLY PLACE




Le deuxième album du groupe de Bethany Cosentino fait partie des invités surprise de ce top, "The Only Place" ne m'ayant laissé à première écoute qu'une impression plutôt agréable, sans plus, avant de s'imposer peu à peu comme l'un des grands plaisirs pop de l'année. Un disque tout en rondeurs (comme celles de la charmante Bethany), moins rock n'roll que son prédécesseur mais tout aussi savoureux grâce à ses mélodies douce-amères superbement produites par un Jon Brion décidément très habile. Oubliez les tendances ramoniennes de "Crazy For You", le petit chef d'oeuvre limite lo-fi d'il y a deux ans, et émerveillez-vous devant cette évolution aussi inattendue que réussie vers une écriture plus dense et ambitieuse. Avec deux albums aussi bien foutus sous le coude le futur est prometteur pour Best Coast. Il faut souligner que la demoiselle s'affirme comme une chanteuse exceptionnelle sur cet album, peut-être moins fine que Cat Power ou la grande concurrente hype de l'année, Sharon Van Etten, mais bien plus éloquente dans sa manière de balancer un refrain et surtout bien plus excitante.





6. DINOSAUR JR. - I BET ON SKY



Déjà chroniqué dans ces colonnes, "I Bet On Sky" démontre une fois de plus que l'âge n'est pas forcément une fatalité pour un groupe de rock, à condition bien-sûr de ne pas prendre son public pour des cons et de ne pas essayer de "faire son jeune" quand on a une gueule de revenant. Le fait que Dinosaur Jr n'ait jamais été un groupe glamour joue sans doute en sa faveur à l'heure actuelle mais c'est surtout musicalement que les vétérans donnent la fessée à la concurrence, qu'elle soit encore imberbe (Cloud Nothings) ou rafistolée au botox (Soundgarden). JMascis et ses acolytes assument leurs années sans abandonner les principes qui ont fait d'eux des légendes du grunge et livrent un album à la fois décontracté et très pro, plus ouvertement pop qu'à l'accoutumée mais avec juste ce qu'il faut de sauvagerie à la six-cordes et de jams endiablés pour se réaffirmer comme un groupe bien vivant. Ce n'est pas leur meilleur disque depuis la reformation de 2006 mais il n'en faut pas plus pour leur assurer une digne place dans ce classement.





5. THE SMASHING PUMPKINS - OCEANIA



Il y a plein de choses à dire sur ce monstre marin, mais l'entreprise est épineuse sans une connaissance approfondie de l'histoire des Pumpkins (que je n'ai pas malgré mes cours de rattrapage). J'avais un peu suivi les débuts du groupe mais lorsque "Mellon Collie" a explosé le phénomène m'a complètement échappé en-dehors de ses excellents singles, préoccupé que j'étais par de vieux trucs des 60's ou le punk, mon seul vrai rapport avec le mainstream passant par Oasis et la britpop. Ça ne m'a pas empêché de bien kiffer "Adore" trois ans plus tard mais c'est déjà une autre histoire, et ensuite toute chance de nouer une relation passionnelle avec le groupe a disparu quand "Machina" est sorti, décevant à mes yeux, en tout cas à l'époque. Ce qui fait que je n'ai eu aucun complexe à l'heure d'aborder "Oceania" comme un authentique album des Smashing Pumpkins, me sentant peu concerné par les histoires de line-up et le parcours chaotique des dix dernières années. "Oceania" renoue avec le versant pop dévastateur du groupe, et s'il n'y a pas de "tube" à proprement parler l'ensemble est d'une envergure et d'une qualité mélodique qui casse bien des culs sur la scène actuelle. Corgan, en excellente voix, fait aussi des choix intelligents en terme de production et l'album reste aérien de bout en bout grâce à des textures très fines et détaillées qui donnent envie de revenir vers "Oceania" encore et encore. Petit bémol pour "Quasar" qui démarre l'album d'une façon un peu gauche pas très représentative du reste, mais sinon c'est un album qui envoûte autant sinon plus qu'"Adore", et personnellement je ne peux pas faire de plus beau compliment à ce disque.            





4. TAME IMPALA . LONERISM



Ancré dans la vieille tradition psychédélique, "Lonerism" pourrait être injustement critiqué pour sa tendance à recycler le penchant expérimental des Beatles et les classiques de la scène hippie californienne des années 60-70. Des remarques qui n'ont pourtant pas été faites à l'époque d'"Innerspeaker", le premier album naïvement rétro de Tame Impala, un peu trop porté sur du vieux riff et des jams old-school. Avec ce nouveau disque Kevin Parker démontre au contraire qu'il n'est pas seulement un élève appliqué mais un songwriter au talent considérable capable de sublimer les clichés du genre avec des mélodies et des arrangements d'une grande intelligence. Il l'a d'ailleurs également prouvé en produisant la française Melody Prochet sur le très remarqué "Melody's Echo Chamber". "Lonerism" fait ses adieux aux fans de stoner qui n'auront qu'un maigre "Elephant" à se mettre sous la dent et lance un grand bonjour aux amateurs de pop barrée et vintage. À l'heure où pas mal de groupes revendiquent leur psychédélisme à tout bout de champ sans vraiment le démontrer, ou alors de façon très superficielle (Kasabian, Noel Gallagher, c'est pour vous), les australiens de Tame Impala font figure d'authentiques héritiers.





3. JACK WHITE - BLUNDERBUSS



On aimerait bien tourner la page sur le cas Jack White une fois pour toutes, pour différentes raisons que l'on n'énumèrera pas ici puisqu'il faut à nouveau se rendre à l'évidence et le féliciter pour son inspiration. Ex-White Stripes, demi-Raconteur tuant le temps chez les Dead Weather, on ne s'attendait pas forcément à une master-class avec ce premier album solo et pourtant c'est un "Blunderbuss" d'une consistance remarquable qu'il nous a offert, et le pire c'est qu'il n'a même pas l'air de forcer son talent... et pourquoi devrait-il? Tout ce qui nous a toujours séduit chez ce guitariste hors-pair et songwriter chevronné (et bête de scène pour ne rien gâcher) est représenté sur ce disque qui se paie même le luxe de surclasser "Get Behind Me Satan" et le répertoire entier des Raconteurs, pourtant pas spécialement pauvre en grands moments. Du rock n'roll à l'ancienne, certes, mais ça n'enlève rien à l'habileté impressionnante du gaillard, avec en bonus une pointe de maturité émotionnelle qui commence à prendre forme et promet de bien belles choses à venir. Ça devient pénible de devoir encenser Jack White chaque fois qu'il branche un micro mais que voulez-vous...





2. DR. JOHN - LOCKED DOWN




Les vieux sont à l'honneur cette année, mais quand on parle de disques du calibre de Locked Down il est évident que ce retour des anciens dans les classements de 2012 doit plus à la qualité de leur musique qu'à l'envie de leur rendre un hommage hypocrite. Dans le cas du vénérable docteur on pourrait même lâcher des mots comme "résurrection" ou "miracle" tant cet album nous renvoie aux meilleures oeuvres du gourou de la Nouvelle Orléans (mon préféré: "In The Right Place", 1973), un orfèvre du blues et des nombreux autres styles brassés dans la capitale de la Louisiane, pot pourri festif de funk, rock, jazz et R n'B. Ses derniers albums n'étaient pas disgracieux mais il faut reconnaître que la tête pensante des Black Keys, Dan Auerbach, a su donner un tour de main beaucoup plus actuel à la musique de Dr. John, un peu dans l'esprit de ce qu'avait fait Rick Rubin pour Johnny Cash dans la fameuse série des American Recordings. La production rappelle bien-sûr les Black Keys puisqu'Auerbach joue également de la guitare sur les dix titres de l'album, mais sans jamais dénaturer l'univers du montre sacré qui en retour se montre très en forme vocalement et à l'aise comme un poisson dans l'eau dans ce nouvel environnement. Résultat: une petite bombe à la bonne humeur communicative et l'un des disques les mieux torchés de 2012. Qui l'eut cru?





1. THE WALKMEN - HEAVEN




Ben voilà. Gros coup de coeur de l'année et meilleur disque de la carrière d'un groupe déjà responsable d'incroyables démonstrations de talent sur tous ses albums précédents, enfin capable d'exploiter son potentiel émotionnel sur 13 titres consécutifs sans donner des envies de suicide. "Heaven" pour les intimes. Pour les non-initiés il vaut mieux commencer par "The Rat" (2004), l'une des meilleures chansons rock des dix dernières années, l'oeuvre dérangée d'un Bono raté et ivre mort qui hurle sa frustration dans les chiottes d'un bar à putes à quatre heures du matin. Mais ça, c'était avant. Ça n'a sans doute pas plu à tout le monde mais les Walkmen se sont assagis, ont trouvé l'amour et fait des gosses puis écrit de belles chansons romantiques pour raconter tout ça. "Heaven". Sauf qu'on n'est pas des chiffes molles chez les Walkmen, parce que même dans la joie et la plénitude on sait préserver un climat incertain, un sens du doute bien légitime dans cette VDM. Du coup les plus belles déclarations se font douloureuses ("I sing myself sick about you") et tout sentiment reste aléatoire ("tell me again how you love all the men you were after", "baby it's the love you love, not me", "I left you a million times/the irony ain't lost on me"...). Mais tout cela ne vaudrait rien sans de bonnes chansons pour valider le message et c'est évidemment là que le groupe d'Hamilton Leithauser tape très fort: "We Can't Be Beat", "Heartbreaker", "Song For Leigh", "The Love You Love" et "Heaven" font toutes partie du gratin musical de l'année, et le reste est loin d'être dégueu. Entre cet aboutissement artistique et les habituelles influences velvetiennes, l'approche punk sous-jacente et le pédigrée garage new-yorkais (n'oublions pas que trois membres sont issus de Jonathan Fire*Eater, les Strokes avant l'heure), on ne va pas cracher dans la soupe. C'est rock, c'est beau, c'est touchant et ça se chante sous la douche en prenant des poses à la Elvis. Le paradis, quoi.




mercredi 28 novembre 2012

Dinosaur Jr : "Chocomel Daze"







Un petit mot sur cet enregistrement live disponible depuis peu chez Merge Records pour fêter le 25ème anniversaire du classique "You're Living All Over Me" de Dinosaur Jr. Le concert documenté sur ce disque a eu lieu en 1987 lors de la première tournée européenne du groupe dans une petite salle en Hollande, peu après la sortie de l'album.

Ma recherche de chroniques détaillées concernant "Chocomel Daze" sur le web n'a pas abouti à grand chose, si ce n'est à un lynchage absurde sur le toujours irritant site Pitchfork. L'auteur de la critique semble pour le moins déçu par la mauvaise qualité du son et trouve que le groupe ne jouait pas bien à ses débuts. Sa conclusion: mieux vaudrait sortir un live de la tournée en cours, maintenant que la technologie permet à JMascis, Barlow et Murph d'exhiber leur maturité musicale sur un enregistrement en haute-fidélité. On imagine le mec achevant sa chronique avec un petit air satisfait avant de s'en retourner tout guilleret à sa collection de vinyles de Radiohead.

Inutile de s'étendre davantage sur ces pitoyables arguments et laissons donc l'article de Pitchfork aux maniaques de la définition audio. Il est évident que le seul document live existant (tout du moins à l'heure actuelle) de l'époque de "You're Living All Over Me" rappelle davantage une vieille cassette pirate qu'un album live dernier cri. Sauf que ce petit groupe post-hardcore venait de pondre l'un des meilleurs albums de rock indé des années 80, et c'est là tout l'intérêt de "Chocomel Daze" (baptisé ainsi à cause de la passion du groupe pour une marque de chocolats hollandais).





    
En toute logique, on ne conseillera pas ce live à ceux qui n'ont pas encore découvert les premiers albums de Dinosaur Jr, plus particulièrement "Dinosaur" et "You're Living All Over Me", tous deux représentés ici. C'est d'ailleurs la timide "Severed Lips" de "Dinosaur" qui débute péniblement le set dans un brouhaha ne présageant rien de bon pour la suite. Mais au bout de quelques instants le son se stabilise, le public se fait moins audible et l'on entend enfin le groupe de façon tout à fait acceptable. Il s'agit certes d'une qualité sonore modeste, mais rien de bien choquant compte tenu des moyens limités du groupe en 1987. Certains se souviendront peut-être avec émotion d'un temps où l'on enregistrait sur cassette les versions live ou sessions exclusives passant dans des émissions radio spécialisées, il y a 20 ou 25 ans. Dans ces conditions, une écoute attentive au casque sera sans doute plus convaincante... mais encore une fois, arrêtons avec ces sottises. Les groupes indés, punk et post-hardcore des années 80 n'étaient pas spécialement réputés pour la qualité immaculée de leurs productions.

"Severed Lips" ne reçoit pas un très bon traitement de la part du groupe qui semble jouer la chanson pour se dégourdir, la tête un peu ailleurs et sans réel souci de soigner la mélodie: Murph alourdit le tempo, JMascis chante d'une voix éteinte et foire le premier solo, volontairement sans doute, et la fin du titre part dans une envolée noisy bordélique certainement destinée à prévenir l'assistance de ce qui va suivre. 

Si on aime ce groupe et qu'on est trop jeune pour l'avoir vu sur scène en 1987, difficile de ne pas tendre l'oreille pour récupérer un peu de la magie du moment. N'oublions pas que personne à cette époque n'employait le terme "grunge", et pourtant c'est bel et bien à la naissance de ce mouvement que les gens rassemblés dans cette petite salle étaient en train d'assister. Dès la deuxième chanson, "In A Jar", le doute n'est plus permis, les hostilités sont ouvertes et c'est un redoutable groupe de rock qui se dresse devant - on l'imagine - un public aux anges. Le reste du set n'est qu'une longue montée en puissance qui culmine avec un "Sludgefeast" définitif au moins aussi abrasif que sa version studio remasterisée... à condition bien-sûr de laisser ses vilains préjugés d'audiophile peigne-cul au placard et de remettre cet enregistrement dans le contexte underground auquel il appartient. Au final "Chocomel Daze" est une addition plus que bienvenue au catalogue de Dinosaur Jr, une rareté à ranger aux côtés des recommandables Peel Sessions du groupe, et évidemment destinée en priorité aux fans de longue date comme toutes les sorties de ce genre.  





jeudi 1 novembre 2012

Dinosaur Jr : rétrospective




Histoire d'étoffer un peu ces colonnes je me permets de recopier un article que j'ai posté récemment dans la section "blogs" du site Visual Music à l'occasion de la sortie du nouvel album de Dinosaur Jr. Il s'agit d'un petit résumé de la discographie du groupe pour ceux qui voudraient se pencher sur la carrière de ces authentiques pionniers et héros de la scène grunge (pas le grunge métal d'Alice In Chains, Soundgarden ou Stone Temple Pilots mais bel et bien le "vrai" grunge de descendance punk/hardcore qui a inspiré Nirvana).





DINOSAUR
1985
Les débuts brouillons et timides du jeune trio de Boston, qui devra ajouter le suffixe "Jr." à son nom suite à des problèmes légaux (un autre groupe était propriétaire du nom Dinosaur). La vision singulière et les talents de Jmascis, Barlow et Murph sont déjà évidents, mais le tout manque de cohésion et la production maigrelette ne rend pas justice à la puissance de leur son. Néanmoins, plusieurs titres bien torchés font tourner les têtes de toute la scène indé américaine.





YOU'RE LIVING ALL OVER ME
1987
La claque. Plus court, plus musclé et plus direct que son prédécesseur cet album expose au grand jour tout ce qui fait le sel de Dinosaur Jr: une voix plaintive et flemmarde perdue dans un mur de distorsion, de riffs surexcités et de percussions bordéliques. La production reste crade et amateur à souhait mais ne peut contenir la flamboyance d'un groupe qui inaugure un son, un style et presque une philosophie. Une sorte de "Fun House" des années 80 pour la génération slacker, un classique à la fois mélodique et outrageusement noisy qui frôle la perfection de bout en bout.





BUG
1989
Le début officiel de la dictature de JMascis. Lou Barlow, l'écorché vif du groupe, n'écrit plus aucune chanson et se contente d'assurer le service minimum à la basse, ce qui n'empêche pourtant pas "Bug" d'être accueilli comme un nouveau chef d'oeuvre. C'est un Dinosaur Jr un poil moins hardcore que l'on découvre avec cet ultime disque pour le légendaire label indé SST, truffé d'excellentes chansons qui flirtent davantage avec la pop et le folk. JMascis prend de plus en plus confiance en ses qualités de songwriter et de guitariste.





GREEN MIND
1991
Le grand saut de Dinosaur Jr sur une major s'effectue après l'éviction de Lou Barlow, dont le groupe Sebadoh deviendra l'un des piliers de la scène lo-fi des années 90. JMascis continue dans la voie plus ouvertement pop tracée par "Bug", et un sympathique EP dans la même veine ("Whatever's Cool With Me") sortira peu après "Green Mind" pour enfoncer le clou. Sans abandonner les dissonances et les distorsions qui font la réputation du groupe, ce disque bénéficie d'une production plus fine dont le son fait souvent penser aux Pixies. Évidemment, pas de loud/quiet/loud ici puisqu'il est désormais établi que tout ou presque est "loud" chez Dinosaur Jr. Encore un très bon album. 





WHERE YOU BEEN
1993
Si "Green Mind" restreignait légèrement la démesure noisy du groupe, le meilleur disque de l'ère post-Barlow remet les pendules à l'heure et les amplis à 11 (ok, 12 ou 13 dans le cas de JMascis) grâce à 
une production résolument métallique. Des riffs dévastateurs et autres solos de guitare épiques se succèdent sur des titres plus mélodiques que jamais. On note aussi l'apparition de plusieurs compositions mid-tempo influencées par Neil Young, des presque-ballades déjà tentées sur les albums précédents qui prennent ici une dimension bien supérieure, portées par la maturité du groupe et l'excellent travail de Murph à la batterie. Le virage noise-pop est consommé et Dinosaur Jr bascule définitivement dans la légende.





WITHOUT A SOUND
1994
Difficile pour moi de noter cet album puisque c'est celui qui m'a fait découvrir et aimer le groupe, mais en toute objectivité cet étrange "Where You Been II" est un point de cassure dans la discographie de Dinosaur Jr. JMascis vire Murph et opte pour une approche grunge FM qui fera de "Without a Sound" son plus gros succès commercial sur le dos du tube très pixien "Feel The Pain". L'ensemble est satisfaisant, parfois brillant, mais quelque peu plombé par certains titres anecdotiques et la sensation d'épuisement mental lié à l'alcoolisme de JMascis.





HAND IT OVER
1997
Un JMascis sobre et prêt à en découdre livre un album de power-pop qui n'a dans le fond plus grand chose à voir avec l'énergie punk maintenue jusqu'à "Where You Been". Tous les ingrédients soniques propres à Dinosaur Jr semblent pourtant réunis sur ce disque sophistiqué qui se permet d'ajouter des arrangements délicats à la recette (un piccolo par-ci, un banjo par-là), et notre guitar hero se fend même de quelques-unes de ses plus belles envolées sur le haut du manche. Une manoeuvre qui pourrait s'avérer payante chez d'autres groupes, mais "Hand it Over" ne parvient pas à rallumer la flamme et sent l'album solo à plein nez malgré une première moitié inspirée. Fin d'une étape.





BEYOND
2007
Suite à l'heureuse reformation des trois membres originaux, le toujours dangereux test du "comeback album" est plus que convaincant. Si l'âge du groupe se fait sentir dans l'ambiance très classic rock qui se dégage de "Beyond" on y retrouve en revanche tout le mordant qui faisait défaut au Dinosaur Jr lessivé de "Without a Sound" et "Hand it Over". JMascis reprend les choses où il les avait laissées avec "Where You Been", cette fois accompagné de ses deux meilleurs lieutenants. Lou Barlow contribue même deux superbes chansons qui montrent à quel point son retour est bénéfique, sans parler de son jeu de basse viscéralement dinosaurien. Un album qui résume bien toutes les qualités du groupe tout en appuyant fermement sur le bouton reset.





FARM
2009
Le succès de "Beyond" encourage JMascis, Barlow et Murph à lui donner une suite, avec presque autant de réussite. "Farm" est un disque qui fleure bon la confiance retrouvée lors des nombreuses tournées ayant suivi la reformation. Le groupe a retrouvé son mojo sur scène et en profite pour pondre un album épique dont le son plus brutasse et plus uniforme se rapproche de ce que l'on peut entendre en concert. Les arrangements soignés et contrastés de "Beyond" sont donc remplacés par un mur de guitares presque assourdissant du toujours mégalo JMascis, bouffant la basse de Barlow comme au bon vieux temps de "Bug". Du bon gros rock dans ta face qui a néanmoins ravi les amateurs grâce à la très bonne tenue des chansons.





I BET ON SKY
2012
Le vieux Dino n'a plus grand chose de Junior mais ne montre aucun signe de fatigue sur ce dixième album. Il suffit d'écouter les deux premières chansons du disque, magistrales, pour s'apercevoir que le groupe continue de s'amuser à explorer tranquillement les possibilités et les nuances d'un son façonné il y a plus d'un quart de siècle, en des temps reculés où un certain Kurt encore inconnu se précipitait à leurs concerts. "I Bet On Sky" délaisse l'agressivité et les jams à rallonge de "Farm" au profit d'une approche plus pop et enjouée, voire "funky" comme l'a indiqué un JMascis toujours aussi peu loquace en interview. Lou Barlow s'affirme davantage, tant à la basse que dans la qualité de ses chansons, tandis que Murph fait du Murph, c'est-à-dire du très bon boulot. Un disque de rock à la fois cool et plein de métier comme on en entend trop peu de nos jours de la part des survivants et autres ressuscités de l'ère grunge.