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jeudi 14 février 2013

My Bloody Valentine: "m b v"







Quoi de plus légitime que d'honorer la St Valentin avec quelques réflexions sur le nouveau disque du groupe de Kevin Shields? Le raz-de-marée critique et populaire provoqué par le retour de My Bloody Valentine a pris une telle ampleur ces derniers jours qu'il semble désormais criminel d'ignorer l'importance historique des anglais. Et dire qu'il y a quelques jours encore l'annonce de ce retour ne récoltait qu'un enthousiasme très relatif... Que s'est-il passé entre-temps et que peut bien receler ce disque de si extraordinaire?

Les vingt-deux ans de silence séparant "Loveless" de "mbv" ont certes grandement contribué à façonner la légende de My Bloody Valentine et à mettre le petit monde sensible des amateurs de pop indé sous pression. L'irruption de l'album sur internet la nuit du samedi 4 février a déclenché une excitation bien compréhensible (oui, je fais aussi partie des très nombreux ringards à s'être empressés de télécharger le truc dès sa mise en ligne, en vain), mais cela n'explique pas entièrement l'accueil dithyrambique de la part de certains médias et le soudain "coming out" d'une telle armée de fans extrémistes (pas de liens, il suffit de se promener sur le gratin des webzines musicaux pour s'en rendre compte).

Loin de moi l'envie de jouer les pisse-froids mais sans me plonger dans une étude ultra-détaillée de "mbv" le contenu du disque n'est pas plus enthousiasmant que celui de "Loveless", et si la vision de Kevin Shields reste unique et souvent fascinante on retrouve également les inégalités et autres complaisances auxquelles le groupe nous avait habitué sur ses deux premiers albums. Évidemment, cela n'enlève rien au caractère "révolutionnaire" de la discographie du groupe, et il faut reconnaître qu'après s'être farci pendant vingt ans des influences "shoegaze" plus ou moins hasardeuses à toutes les sauces une simple écoute de ce nouvel album réaffirme Shields comme un visionnaire qui ne se contente pas de régurgiter une formule toute faite (espérons que les M83 et autres starlettes du genre prendront note et sauront réévaluer leur approche).

En 2013, My Bloody Valentine n'est donc pas une disgrâce ou un anachronisme: c'est déjà une réussite, mais cela ne semble pas satisfaire l'avidité du hipster de base et nous devons nous confronter à une idée reçue qui voudrait nous faire croire que la révolution continue, que Shields est revenu pour tout faire péter. Pire, les deux derniers titres de l'album sont fréquemment désignés comme le point culminant de "mbv", une porte ouverte sur l'avenir et le début d'une nouvelle ère... On parle bien de l'instrumental vaguement tribal "Nothing Is" de 3 minutes et des poussières et de "Wonder 2", morceau expérimental particulièrement noisy et bordélique qui reste noisy et bordélique à l'oreille même après des dizaines d'écoutes. Pour avoir chéri et écouté religieusement les débordements les plus extrêmes de groupes comme le Velvet Underground, les Stooges, Hüsker Dü ou Dinosaur Jr -pour ne citer que ceux-là- j'ai quand même du mal à donner un tel crédit à ces deux titres, et ce malgré toute ma bonne volonté. Et je me demande pourquoi personne n'a crié au génie lorsque Shields a composé et enregistré le titre "More Light" avec JMascis en 2000 pour l'album solo du même nom:







Suis-je en train de parler de l'album ou de l'effet qu'il produit sur un certain public? Voici ma petite théorie, qui vaut ce qu'elle vaut: en-dehors de ses indéniables charmes (la noise-pop tordue et majestueuse de "She Found Now", "Only Tomorrow" et "Who Sees You", les envoûtants détours new-wave de "New You" et "In Another Way"), cet album tant attendu propose essentiellement un son authentique et une conviction artistique inébranlable à une époque où les normes de production tendent vers un perfectionnisme cache-misère, un recours parfois outrancier à la technologie, une mise en forme toujours plus sophistiquée et uniforme. Tout le monde "sonne" un peu pareil de nos jours et l'on distingue de moins en moins un groupe d'un autre entre tous ces Foals-Klaxons-Friendly Fires-Bloc Party, un phénomène qui ne date pas d'hier mais qui tend à s'accentuer. Pour toute une génération habituée à entendre du shoegaze et de la saturation en haute définition, le son analogue et provocateur de "mbv" est une véritable claque. Pour les plus vieux ou les plus érudits c'est une sorte de madeleine de Proust, un parfum rassurant, un disque barré mais organique qui remet les contours flous et une certaine idée du romantisme au goût du jour. Est-ce que "mbv" sonne rétro ou est-ce que "Loveless" a subitement pris un coup de jeune? Optons pour la deuxième réponse. Les fans et critiques transis qui encensent actuellement My Bloody Valentine semblent souvent plus amoureux du concept que de la musique.

Non, My Bloody Valentine n'a pas réinventé l'eau chaude avec cet album, mais c'est justement le refus de livrer un produit fini selon les critères esthétiques modernes qui rend ces morceaux si singuliers dans le contexte actuel et qui permet au groupe de surclasser tous ses imitateurs, comme on a pu l'observer avec la fascination pour d'autres disques mythiques aux productions sous-développées tels que le "Machina II" des Smashing Pumpkins. D'un côté, les suiveurs à l'apparence cartoonesque et de l'autre, les originaux. Les purs et durs.

Malgré le côté parfois irritant du personnage, on ne peut que se réjouir du choix de Kevin Shields d'avoir sorti "mbv" en autonome et d'être resté intransigeant jusqu'au bout. Vous me direz que Radiohead ceci et machin-chose cela, mais Shields ne nous vend pas une réinvention bidon ou une version 2.0 du son de My Bloody Valentine et il s'en sort avec la satisfaction de donner une suite cohérente aux lointains "Isn't Anything" et "Loveless". Il n'est évidemment (et heureusement) pas le seul musicien à poursuivre un idéal de cette sorte, mais ce retour tant anticipé donne une répercussion inhabituelle à sa démarche. Si les gens s'intéressent à une oeuvre aussi radicale et que l'industrie du disque s'en trouve un tant soit peu bouleversée, tant mieux après tout (ok, je rêve). En fin de compte, l'engouement actuel pour ce groupe tient plus à sa personnalité et à ce qu'il représente - une continuité passé-présent crédible et le respect d'une vision - qu'à la qualité de son nouvel album, pas dégueu au demeurant. Maintenant, on attend l'album des La's.





lundi 14 janvier 2013

Tube oublié #3: "Everything Flows"







Ce petit hommage à "Everything Flows", tube plus mineur que réellement oublié, est d'abord l'occasion de signaler qu'un nouvel album de Teenage Fanclub est à prévoir pour 2013, année décidément riche en promesses musicales. Puisque nous reviendrons bientôt sur la musique et la carrière du groupe, inutile de s'étendre trop longtemps sur une analyse de ce tout premier single sorti en 1990 peu avant l'explosion du grunge et tout à fait dans la tendance indé de l'époque, entre démesure noisy à la My Bloody Valentine et évidence mélodique préfigurant l'épopée britpop des années 90.

Les écossais se sont peu à peu fait connaître pour la finesse de leur power pop, influencée en grande partie par Big Star, mais leur premier album ne laissait pas forcément deviner cette évolution: en effet, "Everything Flows" est le titre le plus accessible sur "A Catholic Education", disque dont le ton pessimiste et les relents métal et grunge sont assez loin de l'idée qu'on peut se faire de Teenage Fanclub aujourd'hui. Pas d'harmonies délicates, peu de refrains mémorables et un son uniformément lourd et crade rappelant davantage la scène indé américaine de l'époque que le rock alternatif sautillant des Stone Roses, Happy Mondays ou Primal Scream.

Autant dire qu'"Everything Flows" est un véritable rayon de soleil sur ce disque, un tour de force qui mérite encore largement sa place sur n'importe quel best of du groupe (ou des années 90 d'ailleurs, je ne crois pas exagérer). Le thème est bâti autour d'une somptueuse suite d'accords répétée inlassablement tout au long des 5 minutes de la chanson, qui finit bien évidemment par prendre des dimensions épiques. Pour l'essentiel, c'est un impeccable exercice de roue libre qui trahit l'influence de Neil Young et nous renvoie donc directement à son disciple grunge JMascis, autre grand spécialiste des envolées de ce genre (il a d'ailleurs repris "Everything Flows" de nombreuses fois avec un évident savoir-faire).

Ce premier single est étrangement isolé dans la discographie des écossais qui ne sont ensuite plus jamais revenu vers ce type de composition, même s'ils ont encore flirté avec le son grunge le temps d'un second album, le classique "Bandwagonesque", marquant par ailleurs le début de l'influence des Byrds et de Big Star sur leur musique. Aujourd'hui encore certains groupes tentent de pondre des petits chefs d'oeuvre de cet acabit album après album, en vain. Teenage Fanclub en a réussi un du premier coup et s'en est allé vers d'autres horizons, ce qui ne fait qu'ajouter au charme de ce morceau d'anthologie.


mercredi 28 novembre 2012

Dinosaur Jr : "Chocomel Daze"







Un petit mot sur cet enregistrement live disponible depuis peu chez Merge Records pour fêter le 25ème anniversaire du classique "You're Living All Over Me" de Dinosaur Jr. Le concert documenté sur ce disque a eu lieu en 1987 lors de la première tournée européenne du groupe dans une petite salle en Hollande, peu après la sortie de l'album.

Ma recherche de chroniques détaillées concernant "Chocomel Daze" sur le web n'a pas abouti à grand chose, si ce n'est à un lynchage absurde sur le toujours irritant site Pitchfork. L'auteur de la critique semble pour le moins déçu par la mauvaise qualité du son et trouve que le groupe ne jouait pas bien à ses débuts. Sa conclusion: mieux vaudrait sortir un live de la tournée en cours, maintenant que la technologie permet à JMascis, Barlow et Murph d'exhiber leur maturité musicale sur un enregistrement en haute-fidélité. On imagine le mec achevant sa chronique avec un petit air satisfait avant de s'en retourner tout guilleret à sa collection de vinyles de Radiohead.

Inutile de s'étendre davantage sur ces pitoyables arguments et laissons donc l'article de Pitchfork aux maniaques de la définition audio. Il est évident que le seul document live existant (tout du moins à l'heure actuelle) de l'époque de "You're Living All Over Me" rappelle davantage une vieille cassette pirate qu'un album live dernier cri. Sauf que ce petit groupe post-hardcore venait de pondre l'un des meilleurs albums de rock indé des années 80, et c'est là tout l'intérêt de "Chocomel Daze" (baptisé ainsi à cause de la passion du groupe pour une marque de chocolats hollandais).





    
En toute logique, on ne conseillera pas ce live à ceux qui n'ont pas encore découvert les premiers albums de Dinosaur Jr, plus particulièrement "Dinosaur" et "You're Living All Over Me", tous deux représentés ici. C'est d'ailleurs la timide "Severed Lips" de "Dinosaur" qui débute péniblement le set dans un brouhaha ne présageant rien de bon pour la suite. Mais au bout de quelques instants le son se stabilise, le public se fait moins audible et l'on entend enfin le groupe de façon tout à fait acceptable. Il s'agit certes d'une qualité sonore modeste, mais rien de bien choquant compte tenu des moyens limités du groupe en 1987. Certains se souviendront peut-être avec émotion d'un temps où l'on enregistrait sur cassette les versions live ou sessions exclusives passant dans des émissions radio spécialisées, il y a 20 ou 25 ans. Dans ces conditions, une écoute attentive au casque sera sans doute plus convaincante... mais encore une fois, arrêtons avec ces sottises. Les groupes indés, punk et post-hardcore des années 80 n'étaient pas spécialement réputés pour la qualité immaculée de leurs productions.

"Severed Lips" ne reçoit pas un très bon traitement de la part du groupe qui semble jouer la chanson pour se dégourdir, la tête un peu ailleurs et sans réel souci de soigner la mélodie: Murph alourdit le tempo, JMascis chante d'une voix éteinte et foire le premier solo, volontairement sans doute, et la fin du titre part dans une envolée noisy bordélique certainement destinée à prévenir l'assistance de ce qui va suivre. 

Si on aime ce groupe et qu'on est trop jeune pour l'avoir vu sur scène en 1987, difficile de ne pas tendre l'oreille pour récupérer un peu de la magie du moment. N'oublions pas que personne à cette époque n'employait le terme "grunge", et pourtant c'est bel et bien à la naissance de ce mouvement que les gens rassemblés dans cette petite salle étaient en train d'assister. Dès la deuxième chanson, "In A Jar", le doute n'est plus permis, les hostilités sont ouvertes et c'est un redoutable groupe de rock qui se dresse devant - on l'imagine - un public aux anges. Le reste du set n'est qu'une longue montée en puissance qui culmine avec un "Sludgefeast" définitif au moins aussi abrasif que sa version studio remasterisée... à condition bien-sûr de laisser ses vilains préjugés d'audiophile peigne-cul au placard et de remettre cet enregistrement dans le contexte underground auquel il appartient. Au final "Chocomel Daze" est une addition plus que bienvenue au catalogue de Dinosaur Jr, une rareté à ranger aux côtés des recommandables Peel Sessions du groupe, et évidemment destinée en priorité aux fans de longue date comme toutes les sorties de ce genre.  





samedi 17 novembre 2012

Epic Soundtracks: "Wild Smile"







Epic Soundtracks est le curieux nom de scène de Kevin Paul Godfrey, co-fondateur du groupe post-punk anglais Swell Maps à la fin des années 70, puis batteur des Jacobites la décennie suivante aux côtés de son frère Nikki Sudden. Décédé dans des circonstances troubles en novembre 1997, Epic Soundtracks ne s'est pleinement révélé en tant que songwriter que cinq ans plus tôt avec un épatant premier album solo, "Rise Above", avant de sortir deux autres disques de très bonne tenue: "Sleeping Star" (1994) puis "Change My Life" (1996).

Si la reconversion de ce punk excentrique en compositeur-interprète de touchantes ballades en a surpris plus d'un en 1992, une génération entière de groupes lui vouait déjà une sorte de culte pour son passé musical. De Dinosaur Jr à Pavement en passant par Sonic Youth, nombreuses sont les stars de l'underground américain à avoir reconnu son influence, et l'on note d'ailleurs les apparitions de Kim Gordon et JMascis sur "Rise Above". Son amitié avec Evan Dando le conduira à donner quelques concerts avec ce dernier puis à co-écrire "C'mon Daddy" pour l'album "Car Button Cloth" des Lemonheads peu avant sa mort (des versions intéressantes de cette chanson sont présentes sur l'anthologie "Wild Smile", mais je reviendrais là-dessus tout à l'heure).



Evan Dando & Epic Soundtracks



Avant d'aborder cette nouvelle compilation il faut savoir que deux albums posthumes sont sortis en 1999 et 2006, composés d'inédits et raretés documentant l'inspiration débordante et la sensibilité à fleur de peau d'Epic Soundtracks. Je vous l'accorde, les sorties post-mortem sont en général connues pour leur contenu fourre-tout dispensable et inférieur aux "vrais" albums, mais certainement pas ici... surtout dans le cas de "Good Things", compilé par Nikki Sudden, un album tellement bon qu'il fait souvent penser à un chef d'oeuvre poignant et déglingué dans la veine du "Third" de Big Star, et je pèse mes mots:






"Wild Smile, An Anthology", paru il y a quelques semaines, pourrait faire figure de simple best of. En effet, le premier disque ne fait que rassembler dans un ordre aléatoire quelques-unes des meilleures chansons des cinq albums existants, avec d'évidentes omissions comme "She Sleeps Alone" de "Rise Above" (avec JMascis à la batterie), "Stealaway" de "Change My Life" ou encore "I Got To Be Free" de "Good Things". Rien de criminel, la compilation reste soignée et agréable à l'écoute, mais on ne fait qu'aborder assez superficiellement l'univers du songwriter en discernant çà et là ses influences majeures (John Cale, David Bowie, Brian Wilson, Alex Chilton, bref, des "classicistes" pop plutôt que des punks expérimentaux).

En revanche, le deuxième disque est une réussite absolue qui met en avant l'étendue du talent d'Epic Soundtracks en compilant de fort belle manière chutes de studio, enregistrements live et sessions radio, allant même jusqu'à repêcher une chanson enregistrée en 1981, "Jelly Babies", qui laisse entrevoir onze ans avant "Rise Above" la versatilité du musicien. Comme avec "Good Things", on oublie le côté potentiellement anecdotique et bordélique d'une telle entreprise dès les premières chansons pour se laisser émouvoir et... admirer, tout simplement. Je ne vais pas mentionner tous les titres qui m'ont fait vibrer, mais la version live-acoustique de "C'mon Daddy" en début de disque est fantastique (tout comme celle en duo avec Evan Dando, plus débraillée, qui conclut cette rétrospective), et le plus beau moment reste sans doute la découverte de "Teenage Heart", chanson restée inexplicablement absente de l'album "Sleeping Star" et des deux compilations posthumes.

Plus qu'une anthologie, "Wild Smile" s'avère être une excellente introduction pour les non-initiés et un superbe complément pour les vieux fans. Vue la consistance du répertoire d'Epic Soundtracks, aussi brillant de son vivant qu'après sa mort (phénomène rarissime), un coffret réunissant toute son oeuvre semble de plus en plus indispensable. On pourra toujours se consoler en revisitant les cinq albums (six en comptant "Wild Smile Disc 2") disponibles à ce jour, mais il reste certainement des inédits comme le prouve cette version inconnue de "C'mon Daddy" trouvée sur YouTube:







jeudi 1 novembre 2012

Dinosaur Jr : rétrospective




Histoire d'étoffer un peu ces colonnes je me permets de recopier un article que j'ai posté récemment dans la section "blogs" du site Visual Music à l'occasion de la sortie du nouvel album de Dinosaur Jr. Il s'agit d'un petit résumé de la discographie du groupe pour ceux qui voudraient se pencher sur la carrière de ces authentiques pionniers et héros de la scène grunge (pas le grunge métal d'Alice In Chains, Soundgarden ou Stone Temple Pilots mais bel et bien le "vrai" grunge de descendance punk/hardcore qui a inspiré Nirvana).





DINOSAUR
1985
Les débuts brouillons et timides du jeune trio de Boston, qui devra ajouter le suffixe "Jr." à son nom suite à des problèmes légaux (un autre groupe était propriétaire du nom Dinosaur). La vision singulière et les talents de Jmascis, Barlow et Murph sont déjà évidents, mais le tout manque de cohésion et la production maigrelette ne rend pas justice à la puissance de leur son. Néanmoins, plusieurs titres bien torchés font tourner les têtes de toute la scène indé américaine.





YOU'RE LIVING ALL OVER ME
1987
La claque. Plus court, plus musclé et plus direct que son prédécesseur cet album expose au grand jour tout ce qui fait le sel de Dinosaur Jr: une voix plaintive et flemmarde perdue dans un mur de distorsion, de riffs surexcités et de percussions bordéliques. La production reste crade et amateur à souhait mais ne peut contenir la flamboyance d'un groupe qui inaugure un son, un style et presque une philosophie. Une sorte de "Fun House" des années 80 pour la génération slacker, un classique à la fois mélodique et outrageusement noisy qui frôle la perfection de bout en bout.





BUG
1989
Le début officiel de la dictature de JMascis. Lou Barlow, l'écorché vif du groupe, n'écrit plus aucune chanson et se contente d'assurer le service minimum à la basse, ce qui n'empêche pourtant pas "Bug" d'être accueilli comme un nouveau chef d'oeuvre. C'est un Dinosaur Jr un poil moins hardcore que l'on découvre avec cet ultime disque pour le légendaire label indé SST, truffé d'excellentes chansons qui flirtent davantage avec la pop et le folk. JMascis prend de plus en plus confiance en ses qualités de songwriter et de guitariste.





GREEN MIND
1991
Le grand saut de Dinosaur Jr sur une major s'effectue après l'éviction de Lou Barlow, dont le groupe Sebadoh deviendra l'un des piliers de la scène lo-fi des années 90. JMascis continue dans la voie plus ouvertement pop tracée par "Bug", et un sympathique EP dans la même veine ("Whatever's Cool With Me") sortira peu après "Green Mind" pour enfoncer le clou. Sans abandonner les dissonances et les distorsions qui font la réputation du groupe, ce disque bénéficie d'une production plus fine dont le son fait souvent penser aux Pixies. Évidemment, pas de loud/quiet/loud ici puisqu'il est désormais établi que tout ou presque est "loud" chez Dinosaur Jr. Encore un très bon album. 





WHERE YOU BEEN
1993
Si "Green Mind" restreignait légèrement la démesure noisy du groupe, le meilleur disque de l'ère post-Barlow remet les pendules à l'heure et les amplis à 11 (ok, 12 ou 13 dans le cas de JMascis) grâce à 
une production résolument métallique. Des riffs dévastateurs et autres solos de guitare épiques se succèdent sur des titres plus mélodiques que jamais. On note aussi l'apparition de plusieurs compositions mid-tempo influencées par Neil Young, des presque-ballades déjà tentées sur les albums précédents qui prennent ici une dimension bien supérieure, portées par la maturité du groupe et l'excellent travail de Murph à la batterie. Le virage noise-pop est consommé et Dinosaur Jr bascule définitivement dans la légende.





WITHOUT A SOUND
1994
Difficile pour moi de noter cet album puisque c'est celui qui m'a fait découvrir et aimer le groupe, mais en toute objectivité cet étrange "Where You Been II" est un point de cassure dans la discographie de Dinosaur Jr. JMascis vire Murph et opte pour une approche grunge FM qui fera de "Without a Sound" son plus gros succès commercial sur le dos du tube très pixien "Feel The Pain". L'ensemble est satisfaisant, parfois brillant, mais quelque peu plombé par certains titres anecdotiques et la sensation d'épuisement mental lié à l'alcoolisme de JMascis.





HAND IT OVER
1997
Un JMascis sobre et prêt à en découdre livre un album de power-pop qui n'a dans le fond plus grand chose à voir avec l'énergie punk maintenue jusqu'à "Where You Been". Tous les ingrédients soniques propres à Dinosaur Jr semblent pourtant réunis sur ce disque sophistiqué qui se permet d'ajouter des arrangements délicats à la recette (un piccolo par-ci, un banjo par-là), et notre guitar hero se fend même de quelques-unes de ses plus belles envolées sur le haut du manche. Une manoeuvre qui pourrait s'avérer payante chez d'autres groupes, mais "Hand it Over" ne parvient pas à rallumer la flamme et sent l'album solo à plein nez malgré une première moitié inspirée. Fin d'une étape.





BEYOND
2007
Suite à l'heureuse reformation des trois membres originaux, le toujours dangereux test du "comeback album" est plus que convaincant. Si l'âge du groupe se fait sentir dans l'ambiance très classic rock qui se dégage de "Beyond" on y retrouve en revanche tout le mordant qui faisait défaut au Dinosaur Jr lessivé de "Without a Sound" et "Hand it Over". JMascis reprend les choses où il les avait laissées avec "Where You Been", cette fois accompagné de ses deux meilleurs lieutenants. Lou Barlow contribue même deux superbes chansons qui montrent à quel point son retour est bénéfique, sans parler de son jeu de basse viscéralement dinosaurien. Un album qui résume bien toutes les qualités du groupe tout en appuyant fermement sur le bouton reset.





FARM
2009
Le succès de "Beyond" encourage JMascis, Barlow et Murph à lui donner une suite, avec presque autant de réussite. "Farm" est un disque qui fleure bon la confiance retrouvée lors des nombreuses tournées ayant suivi la reformation. Le groupe a retrouvé son mojo sur scène et en profite pour pondre un album épique dont le son plus brutasse et plus uniforme se rapproche de ce que l'on peut entendre en concert. Les arrangements soignés et contrastés de "Beyond" sont donc remplacés par un mur de guitares presque assourdissant du toujours mégalo JMascis, bouffant la basse de Barlow comme au bon vieux temps de "Bug". Du bon gros rock dans ta face qui a néanmoins ravi les amateurs grâce à la très bonne tenue des chansons.





I BET ON SKY
2012
Le vieux Dino n'a plus grand chose de Junior mais ne montre aucun signe de fatigue sur ce dixième album. Il suffit d'écouter les deux premières chansons du disque, magistrales, pour s'apercevoir que le groupe continue de s'amuser à explorer tranquillement les possibilités et les nuances d'un son façonné il y a plus d'un quart de siècle, en des temps reculés où un certain Kurt encore inconnu se précipitait à leurs concerts. "I Bet On Sky" délaisse l'agressivité et les jams à rallonge de "Farm" au profit d'une approche plus pop et enjouée, voire "funky" comme l'a indiqué un JMascis toujours aussi peu loquace en interview. Lou Barlow s'affirme davantage, tant à la basse que dans la qualité de ses chansons, tandis que Murph fait du Murph, c'est-à-dire du très bon boulot. Un disque de rock à la fois cool et plein de métier comme on en entend trop peu de nos jours de la part des survivants et autres ressuscités de l'ère grunge.